6 leçons pour courir comme Kilian Jornet !

6 leçons pour courir comme Kilian Jornet !

11 mars 2019 0 Par Frédéric

Né pour courir ou mourir ! ?

Courir ou mourir, journal d'un ultra-terrestre. Kilian Jornet

Après avoir écrit une chronique sur le livre “born to run (né pour courir)”, il était assez logique que j’écrive un article sur le livre “courir ou mourir, journal d’un ultra-terrestre” ! Kilian Jornet est une légende de l’ultra trail dont il a gagné plusieurs épreuves mythiques. Il est un sportif hors du commun : champion du monde de skyrunning, de ski de montagne. Il a battu des records comme la traversée du GR 20 ou l’ascension du Kilimandjaro…

Bref c’est un “ultra terrestre”… Pourtant Kilian Jornet est comme vous et moi !

“COURIR OU MOURIR, journal d’un ultra-terrestre” est un récit de vie et de courses qui permet d’en apprendre beaucoup sur le sportif et l’individu Kilian Jornet, mais aussi sur la dimension mentale et physique d’un champion d’ultra trail.

Comme il l’écrit : “En matière de sport, la maîtrise du mental est essentielle pour obtenir de bons résultats”. Et d’ajouter plus loin : “Ne dit-on pas que le muscle le plus puissant est le cerveau?”

De mon point de vue, et contrairement à ce qu’on pourrait croire au vue de son palmarès et des exploits qu’il a réalisés, Kilian Jornet n’est pas si différent de nous. A notre niveau, nous pouvons tout à fait reproduire ses performances, en particulier, sur le plan mental. Afin de tirer un maximum d’enseignements de ce livre, je vous propose ici :

  • De lister quelques points communs entre cet ultra-terrestre et les “normal runners” que nous sommes pour voir ce que nous pouvons en tirer comme enseignements.
  • De décrypter les habilités mentales de Kilian Jornet et faire le lien avec d’autres techniques évoquées dans ce blog.

>>> Cliquez ici pour lire l’article sur les techniques de préparation mentale

Leçon n°1 – Kilian Jornet a recours à des techniques mentales que tous les coureurs peuvent utiliser !

Kilian Jornet aussi souffre, se fatigue, a envie d’abandonner pendant ses ultra trails. A lui aussi, son corps lui dit parfois d’arrêter, lui fait comprendre que s’en est trop. Certes l’ampleur des défis qu’il se lance et le niveau de performance qu’il atteint sont hors de notre portée. Néanmoins plusieurs de ses habitudes, comme les rituels d’avant course, ou la mobilisation de la force mentale et émotionnelle, le dialogue interne, la visualisation, la concentration, les rituels de performance, le body scan… sont accessibles à tous !

Bien souvent nous les pratiquons également, quelque fois sans s’en rendre compte. Elles sont d’autant plus efficaces que nous les utilisons en conscience, à bon escient, à l’entraînement comme lors de nos défis sportifs. A mon avis, le fait de savoir que ces techniques sont utilisées par les plus grands est de nature à nous motiver encore davantage à les utiliser, à consolider notre confiance et à terme notre maîtrise de cette dimension mentale. Alors comme Kilian Jornet et à notre échelle, nous pouvons alors accéder à des niveaux de performance exceptionnels !

Leçon n°2 – le goût de la compétition et de la victoire : une motivation accessible à tous les coureurs !

Kilian Jornet a gagné énormément de compétition, et c’est une source de motivation pour lui. Evidemment, c’est un compétiteur hors pair et son palmarès est époustouflant. Pourtant il avoue avoir déjà gagné sans avoir le sentiment d’être vainqueur. Personnellement, cela ne m’est pas encore arrivé… 🙂

Parce que la victoire est ailleurs ! Très peu de coureurs sont vraiment concernés par les places du podium. Certes les aléas (intempéries, blessures, abandon, temps de course, etc) sont importants sur un ultra trail et il est difficile de prétendre à la victoire. Mais aussi, les différences de niveaux sont abyssales entre ceux qui font la course en tête et le gros du peloton. Pourtant, sur la ligne de départ, on peut voir les mêmes expressions sur les visages des champions et ceux des quidam de la course à pieds. D’un certain point de vue, la motivation et le combat sont les mêmes :

“Gagner, ce n’est pas terminer premier. Ce n’est pas battre les autres. Gagner, c’est se vaincre soi-même, dompter son corps, apprivoiser ses limites et ses peurs. Gagner, c’est se dépasser et transformer ses rêves en réalité”

La place au classement n’a pas vraiment d’importance. Pour celui qui a une vie professionnelle et familiale bien remplie, qui fait du sport en amateur sur son (peu de) temps libre, le défi de préparer et terminer un ultra trail est très ambitieux. Tout aussi ambitieux que viser un podium ou un record pour Kilian Jornet dont c’est la vie, depuis la plus tendre enfance, et la profession. En cela, tous les trailers et ultra trailers lui ressemblent sur la ligne de départ. Nous sommes tous des champions de nos propres défis! Encore faut-il être clair sur ses motivations les plus profondes et ce qu’on cherche à réaliser à travers ce type de défi.

“La victoire, la vraie, est celle qu’on trouve au plus profond de soi-même, celle dont nous nous pensons incapables malgré la préparation et la volonté, mais qui finit pourtant par se produire.”

Leçon n°3 – la visualisation mentale : l’émotion est un moteur surpuissant

Quand on voit Kilian Jornet courir, tout semble facile. Il semble voler (dans les descentes notamment) et on reste sans voix lorsqu’on l’observe finir
à une allure ahurissante des courses de cent voir plusieurs centaines de kilomètre et plusieurs milliers de mètres de dénivelés. Alors on se dit naturellement qu’on est pas fait du même bois, que la génétique est injuste… Pourtant il ne faut pas se fier aux apparences. Kilian Jornet souffre aussi quand il coure, il est confronté à ses limites, son corps lui indique d’arrêter. D’ailleurs il lui est arrivé de penser à abandonner pendant ses courses ou ses tentatives de record!

Il sait aussi mobiliser ses ressources aux moments clés.

Il est capable de générer par la visualisation des émotions qui lui permettent de faire la différence et de doter son corps d’une énergie formidable. Son témoignage donne plusieurs exemples édifiants dans ce livre. Comme cette course où, alors qu’il est au coude à coude avec plusieurs concurrents à plusieurs kilomètre de l’arrivée. Son corps fatigué l’invite à ralentir pour rassembler ses forces et espérer un podium. Mais son instinct et son mental, malgré les avertissements physiques, veulent la victoire.

C’est ainsi qu’il entend par anticipation la voix du speaker décrivant le sprint final et sa victoire dans les derniers mètres ! Il est intéressant de voir la puissance de cette vision en particulier dans sa dimension sensorielle et émotionnelle : il voit tous les détails de la scène, il entend la clameur du public, son nom résonner dans les hauts parleurs, il ressent cette joie de la victoire, la fierté de son équipe.

Ce sont ses émotions, cet ultime carburant, qui l’aident à se surpasser et faire advenir la réalité de sa victoire. Bien sûr il y a l’entraînement, l’accoutumance à la souffrance, à la fatigue, mais lui-même montre à quel point cette dimension mentale lui permet de faire la différence.

J’ai un souvenir “comparable”… Je suis donc comme Kilian Jornet 😉 !!!

Lors du trail de Guerlédan (63km, 2600m D+) où je courais pour la première fois plus de 35 km. J’étais en proie au doute sur ma capacité à parcourir cette distance… Une fois passée, le ravitaillement des 40 kilomètres, la fatigue se faisait fortement ressentir, donnant du corps à mes doutes, ainsi que des douleurs lombaires… C’est le moment où je me suis rappelé la préparation, les sorties avec les copains, tous les effort consentis et le temps consacré. Surtout j’ai commencé à m’imaginer passer la ligne d’arrivée, à serrer le poing, à ressentir l’émotion de cette réussite, la joie de voir le résultat de mon entraînement et la fierté de partager cela avec les copains et avec ma famille. Malgré la fatigue et les douleurs, j’ai été euphorique les derniers 23 kilomètres. J’ai du même me contenir à plusieurs moments pour ralentir mon allure et gérer mon dernier effort!

>>> Cliquez ici pour lire l’article sur les techniques de préparation mentale

Leçon n°4 – Le Body scan ou balayage corporel : pour une bonne gestion de course

>>> Lire les articles consacrés au BODY SCAN

Une connaissance aïgue de son corps et de son mental

Ce qui m’a frappé à la lecture de ses récits de trail, c’est le niveau de connaissance extrêmement poussé de son corps. Au fond ce n’est pas vraiment étonnant aujourd’hui vu son expériences sportive, mais aussi parce qu’on sait aussi qu’il est bien accompagné dans ses exploits : médecin, kiné, ostéo, pacers, préparateur physique, etc… Même s’il fait assez peu de références précises quant à la composition de son équipe (il ne parle pas par exemple de préparateur mental?). Bref, il sait à la fois décrire avec précision le fonctionnement de son corps, ses forces et ses failles. En course, il collecte les informations qui lui sont envoyées par son corps (douleurs, sensation de fatigue, de légèreté, etc…) soit de manière à adapter ses techniques et allures de course, soit pour aller au delà de ce que lui dicte son corps.

Le mental, le moteur et le frein en course à pieds…

Il écoute pour prendre en compte, mais aussi pour explorer ses sensations, pour expérimenter par l’effort de sa volonté, la force de son mental, le dépassement des signaux physiques. Là où certains entendent des messages d’alarmes, d’arrêts, d’abandon, Kilian Jornet y voit la plupart du temps l’occasion de se surpasser, d’aller chercher de nouvelles ressources, vivre de nouvelles expériences. Certains pourront y voir le jusqu’au boutisme d’un acharné de l’effort, ne respectant pas son intégrité physique et mentale. D’autres y verront un explorateur de la condition physique et mentale, voire même une quête spirituelle par delà notre condition… Probablement que chacun aura sa part de vérité!

Tout le monde n’a pas ces aptitudes, ni le niveau d’entraînement et d’exigence de performance. Pour autant, chacun peut s’inspirer de cette pratique du “body scan” et l’adapter selon son niveau d’acceptation de la souffrance, de la fatigue, de sa connaissance de son corps et de son esprit. La motivation est aussi un facteur à prendre en compte pour situer le curseur entre se dépasser, surmonter ses peurs et être prêt à un certain niveau de sacrifice. Au final, seule la pratique et l’expérience peuvent permettre un niveau de maîtrise pour se jouer de ses limites et prendre des risques mesurés.

La preuve par l’exemple, lors de la Tahoe Rim Trail (Sierra Névada, en Californie) une course de 270 kilomètres :

“ça fait déjà plus de 24 heures que je cours, et je suis satisfait de la réaction de mon organisme jusqu’ici. A part la douleur dans les quadriceps, les mollets et les ischio-jambiers, une faiblesse au niveau de la hanche et des genoux, quelques ampoules aux pieds, l’envie de dormir, la sensation de froid et de petites décharges dans les genoux, je me sens bien. Il me reste de l’énergie et de la force. Je sens que mes muscles, même s’ils sont endoloris, sont puissants et solides, mon esprit reste clair et concentré, et mon corps peut encore accélérer le mouvement si je le décide.”

On voit bien la “structure” du body-scan utilisé aussi :

  • collectage d’information physiques des jambes à la tête (douleur, faiblesse, sensation).
  • Point sur l’état mental et sensoriel.
  • Conclusion, motivation !

La pratique du Body scan est salutaire et peut faire la différence entre le succès et l’échec.

Il exige une rigueur mentale, notamment pour l’exécuter de manière régulière à l’entraînement et pendant un trail. Il n’est cependant pas toujours suffisant! Le recours à la force mentale qu’il appelle lorsque le corps et l’esprit entrent en conflit peut être à double tranchant. Surtout lorsque la volonté devient plus forte que la raison, entraînant une perte de lucidité. En témoigne cet exemple, lorsque Kilian Jornet effectue la traversée des Pyrénées d’Ouest en Est :

“Il faut savoir faire la différence entre un corps endolori par l’effort et un corps qui t’ordonne de t’arrêter pour ne pas aggraver le mal. Le problème c’est que dans ces moments là, la douleur a déjà gagné, et que, pour l’éviter, nos pensées s’ingénient à nous propulser dans une autre sphère. Là où seul le blanc et le noir existent. La vie ou la mort…” En le lisant on comprends mieux le titre du livre “Courir ou mourir”

La force mentale peut être la meilleure alliée ou la pire ennemie, selon l’utilisation que l’on en fait !

Leçon n°5 – Le dialogue interne positif pour orienter son esprit autant que sa course !

Courir ou mourir, journal d'un ultra-terrestre de Kilian Jornet

Tout le monde pratique le dialogue interne que ce soit en course à pieds ou dans la vie. Ce dialogue qui s’installe dans notre esprit, cette petite voix selon les uns, cet ange et ce démon selon les autres. Ce n’est pas simplement un processus mental contenu dans les méandres de notre cerveau. Non! Nos pensées conscientes et inconscientes impactent notre rapport au monde, nos sensations, nos émotions, mais aussi nos comportements qui à leur tour nourrissent nos processus internes.

Prenons un exemple…

Votre voix intérieur vous dit qu’il va pleuvoir, qu’un orage se prépare ? [processus interne] Vous aurez tendance à focaliser votre attention sur les signes extérieures qui vous confortent dans cette croyance [perception/sensation] : les nuages qui s’accumulent à l’horizon, l’air qui se refroidit, la sensation d’humidité… D’ailleurs vous commencez à frissonner et à vous inquiéter. Vous en profitez pour vérifier que vous avez le matériel nécessaire [Comportement] et regrettez de n’avoir pas pris une protection pour votre portable [pensée, processus interne], d’ailleurs les nuages s’approchent, vous ralentissez… Vous vous faites dépassez par un coureur insouciant et souriant, qui coure après les rayons de soleil qui transpercent les nuages à l’horizon. Il sent la chaleur de ses rayons sur sa peau, il est heureux de jouir de ce moment, il se sent bien, léger, il accélère…

Le dialogue interne consiste à habiter consciemment ses processus mentaux de manière à les exploiter pour améliorer notre performance.

Il est arrivé à tout le monde de se focaliser sur une douleur physique, qui se transforme en inquiétude réduisant d’autant la performance ! Sauf si, conscient de ce qui se joue, on reprend “la parole”. Par exemple, je pourrais me dire que cette douleur me prévient que je dois changer ma manière de courir. J’ai de la gratitude, car je vais pouvoir avoir une action corrective, aller plus loin ou plus vite grâce à cette information. Vous doutez de la puissance de cette habilité mentale?

Les mots de Kilian Jornet auront peut-être plus de portée que les miens …

“La douleur et la fatigue n’ont pas disparu comme par enchantement. Elles toujours là, bien présentes, mais au lieu de faire l’objet de toute mon attention, elles sont reléguées dans un coin de ma tête pour la première fois, au profit de ma certitude d’y arriver, que le bout du chemin est là bien réel et tout proche. Est-ce cela qui m’a soulagé? Non, la fatigue est encore plus palpable qu’avant ; mes jambes sont encore plus lourdes et douloureuses. Alors pourquoi suis-je plus rapide? Qu’est ce qui s’est modifié dans mon organisme (…) ? Absolument rien.

C’est simplement une petite modification au niveau de ma conscience. 

Je sais maintenant que je suis capable d’y arriver et je vois le bout du chemin.

(…) Je prends conscience que la limite ne se situe ni dans mon corps, ni dans mes jambes. (…) qu’est ce qui m’a freiné? Je me suis laissé influencé par mon mental. Il a placé des obstacles sur ma route et a réussi à me faire partiellement perdre de vue mon objectif, à me désorienter, à me détourner de mon cap et à anéantir toute volonté d’y parvenir. Il m’a convaincu que ce n’était pas possible. Je n’en suis pas triste. Au contraire, j’ai découvert que mon corps n’a pas de limite. C’est lui seul qui contrôle la vitesse et la puissance. Mais ces limites – celles qui nous poussent à renoncer ou à poursuivre la lutte, celles qui nous permettent d’atteindre nos rêves – n’ont rien à voir avec notre corps mais dépendent de notre mental, notre motivation, notre envie de réaliser nos rêves.”

Leçon n°6 et conclusion de “courir ou mourir” : le secret ultime de Kilian Jornet…

Je pourrais décrypter encore d’autres aspects dans sa manière de courir et de penser la course à pieds. Par exemple, il cherche à tout contrôler dans ses courses en connaissant les parcours par coeur bien avant le départ ou ses “adversaires comme ses frères” ! Il ne court pas seul, mais avec une équipe, d’ailleurs il dit aussi être porté par tous les espoirs de ceux qui l’encouragent, le soutiennent, l’admirent… Nous pourrions encore faire la louange sur sa capacité de concentration et d’être focaliser sur ses objectifs?

Mais ce serait sans doute au final passer à côté de l’essentiel du message que Kilian Jornet nous transmet. Il court avant tout pour le simple plaisir de courir, de se sentir exister, de pouvoir s’exprimer, de se sentir libre, de voler, de s’explorer soi-même, d’avoir son corps et son esprit en harmonie, d’être en harmonie avec son environnement, avec la montagne.

Alors, pourquoi courir? courir ou mourir?

Il court, vous courez, je coure, parce que nous aimons courir. Point.

Finalement, qu’importe la distance, la vitesse, la performance, c’est le chemin qui compte plus que la destination. Nous ne faisons que passer et nos “empreintes se perdent dans les vallées”.

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